Sur les rives du lac Tanganyika, à Rumonge, de nombreuses femmes tirent leur subsistance du commerce du poisson. Entre vente au détail et gestion de petits restaurants, elles relèvent les défis quotidiens pour assurer l’avenir de leurs familles. Pourtant, certaines doivent affronter l’opposition de leurs époux qui les soupçonnent d’infidélité.
Nous sommes sur l’un des ports de pêche de Rumonge où plusieurs femmes vendent du poisson. D’autres tiennent des restaurants situés non loin du lac, leurs principaux clients étant les pêcheurs. Une foule se presse autour des bateaux qui rentrent de la pêche. À chaque pas, des étalages de poissons frais attirent les clients venus profiter des prix attractifs.
Cependant, certains maris refusent que leurs épouses travaillent sur les rives du lac Tanganyika en les accusant d’avoir des liaisons avec les pêcheurs. « Beaucoup de femmes exercent ce métier contre la volonté de leurs maris. Ces derniers pensent qu’elles les trompent avec les pêcheurs. Pourtant, celles qui se livrent à ce genre de comportements pourraient le faire ailleurs aussi », déplore Divine Nishimwe, une commerçante rencontrée sur le port de pêche à Rumonge.
Selon elle, la majorité des femmes viennent chercher de quoi subvenir aux besoins de leurs familles, et non pour les raisons que leurs maris leur reprochent. Elle estime que ces hommes devraient changer de mentalité et laisser leurs épouses gagner en autonomie. « Le commerce du poisson m’aide énormément. Mes enfants ne manquent jamais de ndagala. Parfois, je rapporte du poisson à la maison tandis que mon mari ramène de la farine. Ainsi, nos enfants mangent sans difficulté », témoigne-t-elle.
Elle ajoute qu’avec cette activité : « Je peux acheter des vêtements, des chaussures pour mes enfants et payer leurs soins de santé, sans avoir à demander de l’argent à mon mari ». Elle lui permet aussi de couvrir d’autres besoins essentiels. Parfois, elle prend à sa charge les frais de scolarité lorsque son époux n’en a pas les moyens.
Des revenus qui transforment des vies
« La vente du ndagala me permet d’élever mes enfants. Mais, nous faisons face à plusieurs défis. Par exemple, nous ne pouvons pas installer nos étalages à la sortie du marché. Il faut payer un emplacement. Ce qui coûte cher. Toutes les commerçantes ne peuvent pas se le permettre », se lamente Thérèse Nkezimana résidant à Gihwanya, en zone et commune Rumonge. Cette activité lui permet de nourrir, vêtir et scolariser ses treize enfants. Avant de se lancer dans ce commerce, son foyer était en proie aux tensions financières. Mais, aujourd’hui, elle constate une nette amélioration. Cela fait déjà quinze ans qu’elle exerce ce métier.
Une autre femme, propriétaire d’un restaurant au bord du lac, raconte comment son activité lui a permis d’acheter une parcelle. « J’ai commencé ce restaurant alors que nous vivions dans une maison en location. Aujourd’hui, nous avons construit notre propre maison car j’ai pu y contribuer grâce à mon commerce ». Elle réalise un gain journalier d’environ 30 000 FBu. Ses revenus lui permettent de subvenir aux besoins de sa famille et de pratiquer l’élevage. Fière de son autonomie, elle soutient son mari lorsqu’il fait face à des pertes dans son commerce. « Quand il rencontre des difficultés, je prends en charge certaines dépenses. Mon époux me soutient pleinement », raconte-t-elle avec assurance.
Audace Mukeshimana, conseiller politique de l’administrateur communal de Rumonge, se félicite de la contribution fiscale des commerçantes. « Ce commerce alimente non seulement le trésor public, mais il améliore aussi les conditions de vie des familles. Lorsque les citoyens subviennent à leurs besoins, la sécurité et le bien-être social s’en trouvent renforcés ». Il précise que les recettes fiscales servent notamment à la construction des robinets publics et à la réparation des routes.
Des défis ne manquent pas
Malgré les opportunités qu’offre ce commerce, les obstacles restent nombreux. « Parfois, il y a peu de clients et la nourriture se gâche. Quand les autorités ferment le port de pêche, nous devons cuisiner en plus petite quantité. Ce qui réduit nos revenus », explique-t-elle. Pour concilier travail et vie conjugale, elle planifie son emploi du temps afin de ne pas manquer à ses responsabilités familiales.
Mariam Keza, une autre commerçante et propriétaire d’un bateau de pêche, évoque les difficultés liées à la sécurité. « Il y a beaucoup de voleurs sur ce port. Il faut être vigilant. Cependant, ce métier fait vivre ma famille ». Son revenu quotidien varie entre 50 000 et 100 000 FBu. « J’ai commencé par vendre du poisson au détail. Mais aujourd’hui, d’autres vendeurs viennent s’approvisionner chez moi », confie-t-elle fièrement.
Elle encourage les femmes à ne pas mépriser les métiers générateurs de revenus. « Il faut travailler et ne pas dépendre entièrement des hommes. Ces femmes qui portent des paniers remplis de poisson, malgré l’odeur, gagnent leur vie dignement », insiste-t-elle. Elle appelle aussi les forces de l’ordre à renforcer la sécurité du port pour lutter contre les vols.
Concernant la sécurité du port, Audace Mukeshimana reconnaît que la présence policière reste insuffisante face à la foule. Toutefois, il assure que les voleurs pris en flagrant délit sont sanctionnés conformément à la loi. Enfin, il encourage les vendeuses à s’installer dans le marché « Kwa Siyoni », qui reste ouvert après 17 h, pour exercer leur commerce en toute légalité.
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