Il y’a 3 ans, l’Office burundais de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Construction (Obuha) a informé les habitants de la colline Rukoba en commune Gitega que cette localité allait être viabilisée pour être un nouveau quartier de la ville de Gitega. Interdits de vendre et de construire, les propriétaires broient aujourd’hui du noir.
Au début, l’espoir était de mise pour les grands propriétaires. Mais, aujourd’hui, ils sont des milliers à attendre indéfiniment les travaux de viabilisation de la colline Rukoba. Au lieu d’apporter un souffle de développement, l’initiative a plutôt entraîné une vague de mécontentements et d’incertitudes.
Depuis 2022, les gens ont été interdits d’y bâtir de nouvelles maisons, de vendre ou d’acheter des propriétés sous le motif que l’Obuha allait y faire une viabilisation par intégration, c’est -à- dire que les propriétaires des terres allaient recevoir 53% et les 47% allaient revenir à l’Etat pour compenser le coût des travaux de traçage des routes et de construction des caniveaux.
« Même s’il y’avait certains qui n’appréciaient pas cette mesure de faire notre colline un quartier viabilisé, la majorité était pour car il y’avait beaucoup d’opportunités pour se développer », a reconnu Olivier Nibitanga. D’après lui, l’attente est devenue trop longue dans la mesure où plus de 3 ans viennent de passer sans qu’aucune autre activité lucrative ne soit exercée dans leurs propriétés. Comme beaucoup le font savoir, la vie est devenue dure sur la colline de Rukoba. La plupart des habitants vivaient de l’agriculture pratiquée dans leurs propriétés et du petit commerce.
« Pour le moment, nous vivons sur nos terres comme des locataires. On ne sait pas quand ils viendront nous accorder nos 53% qui sont censés nous appartenir. On nous dit que demain ils vont venir délimiter les routes et on s’abstient de cultiver les cultures à cycle long par peur qu’elles ne soient détruites », déplore Isaïe Irankunda. Comme tous les autres concernés, il dit que cette politique de viabilisation par intégration semblait donner la valeur à leurs terres, mais cette longue durée perturbe tous leurs plans. Même si la majorité n’ont pas de moyens suffisants pour construire des maisons suivant les plans de l’Obuha, ils croyaient pouvoir le faire en vendant une ou deux parcelles qui leur reviendraient.
« Comme nous le constatons, ce n’est pas pour demain. La plupart d’entre nous mourront sans avoir vu ce nouveau quartier. Si c’était pour demain, je pourrai avoir au moins six parcelles viabilisées. Mais voilà, cela ne me sert à rien du tout », estime Gerard Manirambona.
Un malaise social s’installe
Le 15 février 2024, le ministre des Infrastructures, de l’Equipement et des Logements sociaux, Dieudonné Dukundane avait déclaré devant la population de Rukoba que 7 832 parcelles sur 1 030 ha ont été recensées dans ce site. La superficie de ces parcelles et les noms des propriétaires allaient être affichés à partir du lundi 19 février 2024. Un délai de deux semaines avait été accordé à la population pour vérification et pour d’éventuelles réclamations.
La liste définitive allait être affichée à partir du 1er mars. Mais, jusqu’aujourd’hui rien de plus n’a été fait.
Il avait également précisé que pour mettre ensemble ces parcelles de l’État afin de ne pas les mélanger avec celles de la population, certains occupants seront obligés d’être déplacés.Une interdiction stricte de vendre ou de construire sur ces terres a été imposée.
Faute d’avoir une maison à eux, les jeunes en âge de se marier sont bloqués. Les fiançailles durent des années et se terminent en queue de poisson.
« On nous empêche de bâtir notre avenir. Nos jeunes ne peuvent pas se marier car il n’y a pas de terrains pour construire », confie Jacqueline Nahayo, une mère inquiète pour l’avenir de ses enfants. Bien plus, avec l’interdiction de vendre ou de mettre en valeur les terres empêche les habitants d’investir et de prospérer.
« Comment planifier l’avenir quand on ne sait même pas si on pourra garder notre propre terre ? » s’interroge Célestin Ngendakumana, le chef de la colline Rukoba tout en réclamant la levée des restrictions sur leurs terres et une communication plus transparente de la part des autorités.
Et comme cela ne suffisait pas, les prêteurs sur gage et les acheteurs à vil prix profitent de cette situation. Ils proposent de l’argent à des propriétaires à court de moyens financiers qui hypothèquent d’éventuelles parcelles qu’ils pourront recevoir après la viabilisation.
« La pauvreté nous talonne et il est difficile de refuser cet argent surtout que nous ne savons pas à quand les travaux se termineront. Ce n’est pas parce que nous sommes bêtes mais la situation nous y oblige », a reconnu le prénommé Stanislas, un vieil homme de 76 ans.
Entretemps, le temps passe.
En 2023, le président de la République avait pourtant donné instruction à l’Obuha de tout mettre en œuvre pour viabiliser cette zone afin de permettre aux propriétaires des parcelles de les exploiter librement. Ceux qui ont investi leurs économies dans l’acquisition des parcelles ne peuvent qu’attendre.
Eh oui ! Les services de l’urbanisme devraient d’abord effectuer des relevés topographiques pour élaborer un Plan Local d’Urbanisme et le règlement à respecter pour les constructions[ évacuation des eaux pluviales, usées,… Une fois ce travail fait, matérialiser l’emprise de la voirie et les réseaux divers (téléphonie, eau, électricité,…) ; ensuite chercher un budget pour la viabilisation. Comme les terrains seraient mis en valeur, déterminer les frais que chaque propriétaire de parcelle doit rembourser pour cette viabilisation. Puis un délai raisonnable serait accordé pour que chaque propriétaire se conforme au plan local d’urbanisme.
Pour les urbanistes, les architectes et les ingénieurs de l’OBUHA, ce travail est un jeu d’enfants non ? Qu’est-ce qui coince alors ?