La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) est reconnue comme l’un des blocs régionaux les plus intégrés du continent africain. Depuis l’instauration effective du marché commun en 2010, la libre circulation des biens, des personnes, du travail et des capitaux a renforcé son dynamisme économique. Deux des quatre piliers fondamentaux de l’intégration, à savoir l’union douanière et le marché commun, sont déjà en place, tandis que des efforts sont en cours pour la mise en place d’une monnaie unique, le shilling est-africain. L’objectif ultime demeure la création de la Fédération d’Afrique de l’Est.
L’adhésion de la République démocratique du Congo (RDC) à l’EAC en mars 2022 a été perçue comme un tournant stratégique. En effet, ce pays partage des frontières avec la majorité des États membres et offre à la Communauté un accès à l’océan Atlantique. Dotée d’importantes ressources minières et d’une population de plus de 100 millions d’habitants, la RDC représente un marché de taille. Pour Kinshasa, l’intégration à l’EAC devait favoriser la croissance économique et aider à résoudre les crises sécuritaires chroniques à l’est du pays. Pourtant, cet espoir s’est rapidement dissipé.
Le regain de violence mené par le mouvement rebelle M23 en 2023 a réactivé les tensions entre la RDC et le Rwanda. Kinshasa accuse Kigali de soutenir le M23, qui sème le chaos à Goma et Bukavu. Une « guerre économique » pour le contrôle des ressources naturelles, menée par des « gangs terroristes soutenus par le Rwanda », selon le gouvernement congolais.
Face à cette crise, la confiance de Kinshasa envers l’EAC s’est effritée. Déçu par l’efficacité limitée de la force régionale déployée pour pacifier l’est du Congo, le président Félix Tshisekedi en a demandé le retrait dès la fin 2023. Son absence au sommet extraordinaire de l’EAC du 29 janvier dernier, consacré à la situation de Goma, est un signal fort de son mécontentement.
La crise a envenimé les relations entre Kinshasa et Nairobi. Depuis la capitale kenyane, l’opposant Corneille Nangaa a lancé l’Alliance du Fleuve Congo, s’alliant à plusieurs groupes armés, dont le M23. Pendant ce temps, l’armée ougandaise a adopté une « posture défensive avancée » pour contenir d’autres groupes armés et protéger ses intérêts dans la région. Le président burundais, quant à lui, a mis en garde contre « un mauvais voisin aux velléités expansionnistes », rappelant que l’insécurité en RDC menace l’ensemble de la région. En Tanzanie, l’armée a déploré la perte de deux soldats déployés en RDC dans le cadre de la mission de la SADC.
Ainsi, l’EAC est à la croisée des chemins. La guerre en RDC sape les efforts d’intégration et alimente les tensions entre ses membres. La stabilité de l’ensemble du bloc repose sur la paix à l’est du Congo. Il est urgent que les dirigeants régionaux trouvent une solution durable, sous peine de voir l’un des plus ambitieux projets d’intégration africaine mis en péril. La paix à l’est du Congo n’est plus une option, c’est une nécessité absolue.
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