Jeudi 03 avril 2025

Économie

Neva : pot aux roses et pot-de-vin à la Sopebu

02/04/2025 0
Neva : pot aux roses et pot-de-vin à la Sopebu
« J’ai moi-même été arnaqué »

Lors de la séance de moralisation à l’intention des opérateurs économiques tenue vendredi le 28 mars, le président de la République a fait des révélations sur les pénuries récurrentes de carburant : des magouilles avec l’ancienne équipe de la Société pétrolière du Burundi, allant jusqu’à alimenter un marché parallèle.

Tout est parti d’une question pour le moins banale : « Est-ce que vous connaissez l’origine du mot « Ligala », ces rassemblements de jeunes désœuvrés dans les quartiers ? Il nous vient tout droit de la Jamaïque avec le mouvement plaidant pour la légalisation de la marijuana ».

Selon le chef de l’Etat, le soulèvement est devenu plus fort à telle enseigne que le gouvernement a dû céder, il y a même eu une chanson appelant à légaliser la marijuana.

« Est-ce que vous mesurez à quel point il est dangereux de se laisser embarquer par des gens courant à la ruine ? » Pour le chef de l’Exécutif burundais, la légalisation du marché parallèle ouvre la voie de l’effondrement de l’économie du pays : « Bonjour la mort de l’économie burundaise !»

Selon lui, si on laisse faire certains profiteurs, le prix du litre va connaître une montée vertigineuse. Quelquefois, a tenu à souligner le président de la République, vous ignorez certaines réalités du pays, je sais que je fais face à des forces occultes. « Un exemple : est-ce qu’il n’y a pas aujourd’hui tout un réseau de marché noir du carburant ? »
Tout comme avec la pénurie créée de devises et même des billets de banque, le FBU, où à l’origine c’était la BRB, reconnaît-il, cela a été le même modus operandi avec la création d’un marché parallèle à la Sopebu, la société pétrolière burundaise.

J’ai été ’’victime d’arnaque’’

La Sopebu n’approuve et ne distribue le carburant qu’à travers les stations-service mais il y a eu une autre manière d’écouler le carburant : « Cette société s’est mise à demander à certains clients s’ils n’avaient pas besoin de carburant à un prix convenu et quand ils ont mordu à l’hameçon et sentant qu’ils pouvaient faire des affaires, tout ce qui restait à faire c’était de trouver o déverser ce carburant ».

D’après le chef de l’Etat, la quantité pouvait aller jusqu’à 50 mille litres et le litre revenait à 8 mille FBu. « Quand il y a eu un coup de balai à la Sopebu, le litre se négociait à 10 mille FBu ».

Moi, a-t-il tenu à préciser, je ne lance pas des choses en l’air, comme ça. « En vérité, j’ai fait des études que vous ignorez dans ce pays. J’ai fait l’investigation, personne ne sait que je suis allé suivre des cours ».

Quand je dois prendre une décision, argue-t-il, je dois en avoir le cœur net et faire des analyses. Et de lâcher une bombe : Moi, confie-t-il, la Sopebu m’a arnaqué. Imaginez-vous, moi, en personne. « 4 millions de FBu de pot de vin. Je vous raconte des faits, c’est la vérité, toute la vérité et rien que la vérité ».

Quand le pot aux roses a été découvert, révèle le chef de l’Etat, certains hommes d’affaire ont failli faire une insurrection, il y a eu levée de boucliers.

De Fil en aiguille, raconte-t-il, je suis allé à la recherche du marché noir du carburant. Tenez, il y a des gens qui s’approvionnaient aux stations-service mais à un prix exorbitant, non officiel et qui ne voulaient pas dénoncer cette injustice.

« Finalement, je croyais que mon pays regorgeait de patriotes comme moi mais il n’y a personne, zéro. Cela dépasse l’entendement, des gens se taisent au lieu de dénoncer cette supercherie. Des gens incapables de dénoncer le marché noir avec ses prix exorbitants alors que le prix officiel du carburant est connu. C’est grave de voir des gens se complaire dans une arnaque sans sourciller ni lever le petit doigt pour s’indigner ».

« Le marché noir du carburant, c’est la faute à la Sopebu »

Pour le découvrir, fait-il remarquer, cela n’a pas été compliqué, je peux choisir une personne de confiance parmi vous et lui confier la mission en se faisant passer pour un acheteur nanti.

« J’ai envoyé quelqu’un et je lui ai demandé me chercher mille litres. J’ai tout suivi ». A la Sopebu, poursuit-il son récit, il a été demandé à mon envoyé une somme de 8 millions de FBu mais avant toute transaction, il lui a été demandé de couper la poire en deux, donc mettre leur somme de 4 millions à côté. « Je lui ai dit de donner ce montant, vous savez il faut des preuves, des témoins ».

Vous savez chez nous les Burundais, se lamente-t-il, même les juges sont souvent acquis à leur cause, ils sont soudoyés, c’est comme l’autre procureur de Ngozi, qui a mis en liberté un homme d’affaire accusé de vente illicite de minerais à Kayanza. « Même scenario à Kirundo. Ces hommes d’affaire sont même allés gaillardement narguer le gouverneur de Kayanza, l’informant qu’ils comptaient reprendre leurs activités ».

Et de faire une révélation après cette parenthèse : « Vous savez, le carburant demandé frauduleusement a été octroyé, j’ai mis cela dans un stock comme preuve irréfutable. Les agents de la Sopebu m’ont escroqué, ils ont pris mes 4 millions mais j’ai le carburant, une preuve suffisante, je vais intenter un procès, je pense que j’aurai gain de cause ».

A un certain moment, relate-t-il, j’ai voulu les surprendre la main dans le sac mais quand j’ai demandé, via mon envoyé, 10 mille litres, ils lui ont dit que les tarifs ont changé qu’il faut débourser 50 millions de FBu.

« La personne contactée n’attendait que l’approbation du directeur général mais ce dernier a passé toute la journée dans une réunion. L’accord de principe était là, il ne manquait que la signature du DG. Là j’ai conclu que tout est gâté, je me suis dit qu’il y a d’autres demandes, qu’il fallait arrêter tout ce cirque », a-t-il décidé.

Selon le chef de l’Exécutif burundais, c’est la Sopebu qui a créé et qui est à la base du marché parallèle du carburant : « Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas sur les files d’attente devant les stations-service les gros cylindrés V8, c’est parce que leurs propriétaires ont des stocks chez eux ».

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