Le centre de transit de Makombe, situé en province de Rumonge, accueille plus du double de sa capacité initiale. Entassés dans des conditions précaires, les réfugiés congolais font face à une grave pénurie de nourriture, d’eau et de soins médicaux. La surpopulation et l’absence d’infrastructures adaptées accentuent leur détresse.
« Au total, ils sont 1 268 réfugiés alors que la capacité d’accueil de ce centre est de seulement 500 personnes. Et ce mouvement continue, leur nombre augmente jour après jour », déplore Gérard Bukeyeneza, responsable du centre. Il ajoute que la quantité de nourriture diminue en raison de cette affluence croissante. La ration pour chaque personne est passée de 270 g de riz et 100 g de petits pois secs à seulement 180 g de riz et 60 g de petits pois par jour.
« Cette quantité est clairement insuffisante. Les enfants risquent d’attraper les maladies liées à la malnutrition. Malheureusement, c’est la seule aide humanitaire reçue jusqu’à présent. Il n’y a même pas d’huile », précise-t-il.
Il fait en outre savoir que les 999 personnes arrivées depuis le 18 février 2025 dorment à même le sol. Il ne reste plus de matelas, de couvertures ni de moustiquaires. Les ustensiles de cuisine, comme les casseroles, les assiettes et les bidons pour puiser de l’eau, font également défaut. Plusieurs réfugiés viennent d’Uvira et de Bukavu.
Dans ce centre de transit, les dortoirs sont saturés. Les nouveaux arrivants dorment en plein air, exposés au soleil le jour et au froid la nuit. Le centre abrite 569 hommes et 699 femmes. Il ne dispose que de deux blocs sanitaires comprenant six toilettes et deux douches pour chaque sexe. « Quand il pleut, la situation devient encore plus compliquée. Le regroupement par famille n’est plus possible. Nous avons dû opter pour une séparation par sexe : les hommes d’un côté, les femmes de l’autre », explique le responsable.
Moult défis
Gérard Bukeyeneza regrette l’absence de centre de santé dans les environs ainsi que d’infirmerie sur place. « L’équipe médicale bénévole qui venait en aide aux malades a cessé ses prestations il y a quelques jours. Nous ignorons pourquoi. Lorsqu’une personne tombe malade, nous l’emmenons à l’hôpital de Rumonge. Mais, avec les difficultés de transport, il est impossible d’y aller la nuit », confie-t-il. Bien que certains soins soient administrés gratuitement, certains médicaments restent indisponibles et les réfugiés doivent les acheter eux-mêmes dans des pharmacies.L’hygiène est aussi un enjeu majeur. Le centre ne fournit ni du savon ni des kits hygiéniques aux femmes. « Ceux qui ne peuvent pas se procurer du savon lavent rarement leurs vêtements », regrette le responsable.
Ils réclament des soins médicaux : « Un enfant de 12 ans est décédé dernièrement. S’il y avait eu des services d’urgence, il aurait peut-être été sauvé », confie une famille endeuillée. Mwayuma Jumaini, une réfugiée, témoigne : « J’ai été consultée gratuitement, mais il n’y avait pas de médicaments. On m’a donné une ordonnance, mais je n’ai même pas 10 FBu pour m’acheter les médicaments à la pharmacie. Je suis encore malade ».
Sans moustiquaires, les réfugiés sont exposés à la malaria. « Sans soins médicaux, que deviendrons-nous ? », s’inquiete l’un d’eux.
Une mère de trois enfants regrette l’absence de vêtements. « Certains d’entre nous ont eu un voyage difficile et n’ont pas pu apporter de rechange », explique-t-elle. D’autres femmes se plaignent du manque de kits hygiéniques et d’espaces intimes pour se changer. « Nous nous changeons dans des douches parfois insalubres par manque d’eau. Nous craignons les infections urinaires qui peuvent s’en suivre », révèle une réfugiée. Elle souligne que ces serviettes tombent par terre des fois et les femmes sont obligées de les ramasser. Car, elles ne peuvent pas se permettre un gaspillage. Elles n’ont pas de moyens pour s’acheter plusieurs.
Les réfugiés déplorent ces conditions extrêmes. Les coupures de courant électrique et d’eau fréquentes aggravent davantage leur situation au moment où la nourriture demeure insuffisante. Dalton Kasuku affirme par exemple ne pas avoir pris de douche depuis deux jours. « Nous manquons d’eau et nous sommes trop nombreux », se lamente-t-il. Il critique aussi le manque de communication de la part des autorités du camp et plaide pour l’obtention de documents d’asile. « Nous ne savons pas quand nous serons relogés dans des camps de réfugiés. Nous demandons au gouvernement de nous accorder des papiers pour nous installer ailleurs. Certains d’entre nous ont de la famille à Bujumbura », insiste-t-il.
Un appel à l’aide
Face à cette situation critique, Gérard Bukeyeneza, appelle à la relocalisation de certains réfugiés vers des sites mieux équipés. Il plaide également pour l’aménagement d’un centre médical sur place ainsi que l’augmentation de la quantité et de la variété de la nourriture pour maintenir la santé des ces réfugiés.
Léonard Niyonsaba, gouverneur de la province de Rumonge à son tour exhorte tout le monde à la solidarité. « Ces réfugiés ont besoin d’abris, de vivres et de soins. Leur détresse exige une intervention immédiate », insiste-t-il. Bien que certaines communautés religieuses aient commencé à apporter leur aide sous forme de denrées et de fonds, il insiste sur la nécessité d’une mobilisation plus vaste. Il sollicite les entreprises, les établissements bancaires et les organisations à se manifester.
En attendant des solutions concrètes, les réfugiés de Makombe continuent de survivre dans des conditions extrêmement précaires.
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