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Archives

L’importance des archives

05/05/2013 Commentaires fermés sur L’importance des archives

Des objets matériels, documents écrits, audio-visuels, les archives témoignent le passé d’une société. Si elles sont bien conservées, elles sont d’une grande importance dans la connaissance de la vérité.

<doc5811|right>« Tout ce qui nous montre l’origine, la succession des conflits et les relations entre les hommes », peut être appelé « archives » d’après Nicodème Bugwabari, historien et professeur à l’Université du Burundi. Pour Gilbert Ndayikengurukiye, secrétaire général des associations des archivistes, bibliothécaire et documentaliste, le mot ’’archives’’, signifie toute écriture qui naît au moment où une personne exerce son travail.
Quant à Léon Manwangari, historien, « les archives, c’est la mémoire et le cœur d’un pays ». Car, précise-t-il, on y trouve beaucoup de secrets, importants pour la compréhension d’un pays ou d’une société.

D’après Nicodème Bugwabari, les archives donnent la structure des relations socio-économiques et peuvent renseigner sur les comportements des gens. Pour Gilbert Ndayikengurukiye, les archives aident dans le bon fonctionnement et la compréhension du travail et dans la planification. Il donne l’exemple de l’élaboration des projets où les archives servent de références ou de sources de rappel sur les projets déjà exécutés.

Sans archives, signale M. Manwangari, « on continue à vivre dans l’ignorance du passé. »  Selon lui, les conséquences sont très néfastes : « Il serait difficile pour nos enfants de connaître le passé du Burundi et ils pourraient continuer à commettre les mêmes erreurs, faute de références et de repères. Ils auront toujours une fausse image de l’histoire du Burundi », avertit l’ historien.

Existe-t-il des archives au Burundi ?

Gilbert Ndayikengurukiye affirme qu’il y a des archives au Burundi mais elles sont mal gérées. Selon lui, depuis l’époque coloniale, il est dit qu’il existe un certain nombre de documents. « Mais malheureusement, certains d’entre eux ont été emportés par les Belges », regrette-t-il. D’autres archives se trouvent dans différents départements, comme la présidence de la République, au ministère des Finances, au ministère de la Justice, dans les bureaux des Services de renseignements,… « Cependant, il signale qu’ils restent inaccessibles », déplore-t-il.

Cette idée est appuyée par Nicodème Bugwabari qui ajoute qu’elles sont aussi mal conservées et négligées alors qu’elles contiennent beaucoup d’informations. Ce professeur indique que si par exemple, on pouvait avoir accès aux archives du Parquet Général de Bujumbura, on pourrait savoir comment un certain Léonard Nduwayo a défendu des gens dans l’affaire Ntungumburanye.

Il rappelle que ce Procureur de la République a osé défendre la vérité malgré la pression du président Micombero qui voulait que des prévenus soient exécutés. Et cela, souligne-t-il, peut servir d’exemple pour les jeunes générations.

M. Manwangari ne dit pas le contraire. Il indique qu’un jour, il est allé au ministère des Finances et lorsqu’on lui a montré ce qu’on appelait archives nationales, il a failli pleurer : « Elles sont mal conservées ». Il ajoute aussi que certaines archives sont cachées ou détruites pour protéger certains anciens dignitaires. C’est par exemple, les archives sur les tueries de 1965, 1969, 1972 et même 1993.
D’après Pancrace Cimpaye, ancien porte-parole du président Domitien Ndayizeye, dans différents ministères, on y trouve un endroit qu’on appelle « bibliothèque » où sont entassés de vieux documents. Il n’est pas bien entretenu. Si on demande par exemple le contenu d’ un numéro de Jeune Afrique des années 70, les soi-disant bibliothécaires ne se retrouvent pas.

Pour faire face à cette situation, Pancrace Cimpaye propose de se servir des exemples des autres pays. Selon lui, ailleurs, pour accéder aux archives, il faut d’abord une autorisation spéciale. Il signale que cela reste un principe aussi pour sortir avec un document ou prendre une photo.

Pour lui, on devrait chaque semaine avoir un exemplaire de Jeune Afrique par exemple et le conserver. Il propose de rassembler toutes les archives éparpillées ici et là afin de constituer un Centre d’archives nationales dynamique : « Comme l’Office Burundais des Recettes récolte toutes les recettes du pays, il devrait y avoir un centre avec une mission unique de rassembler toutes les archives du pays  et des professionnels en la matière pour s’en occuper ».

Selon Gilbert Ndayikengurukiye, il faut que le gouvernement mette en place une loi pour punir tous ceux qui s’adonnent à la destruction des archives. Pour Léon Manwangari, il y a urgence d’avoir un budget alloué au fonctionnement d’un Centre des archives nationales.

<doc5812|left>Les archives et le travail de la CVR

Selon Léon Manwangari, les archives seront d’une grande importance dans le travail de la Commission Vérité Réconciliation (CVR) : « Beaucoup des personnes qui ont vécu les différents conflits sont encore en vie ». C’est d’après lui, une chance pour le pays et il faut en profiter puisqu’elles constituent des « bibliothèques vivantes. »
Pancrace Cimpaye souligne que du fait que beaucoup d’écrits n’ont pas été bien conservés et que d’autres ont été détruits, « il y aura une vérité qui ne sera pas connue ». Mais, il reconnaît que s’il y a la volonté politique, « on pourra encore trouver des vieux qui peuvent témoigner ».
Il propose cependant d’y aller prudemment parce que selon lui, la disparition des écrits ne signifie pas nécessairement la disparition de la vérité : « Elle est connue, mais les Burundais passent à côté. »

D’après le Professeur Bugwabari il faut une certaine prudence dans l’exploitation des archives. Car, explique-t-il, elles peuvent étaler au grand jour des abus ou des manquements des personnes qui sont toujours en vie et occupant des places importantes dans le pays ou qui sont proches du pouvoir en place.

Dans ce cas, poursuit-il, « c’est nécessaire de prendre son temps et d’attendre le meilleur moment pour communiquer au grand public, le contenu de certaines archives afin d’éviter d’autres conflits. » Selon lui, les archives des années 72 et de 93 sont d’une grande utilité pour mieux comprendre et connaître notre passé conflictuel. Elles sont d’une importance capitale dans le processus de réconciliation. Il signale enfin que « si la CVR parvenait à avoir des écrits et des archives sur ces périodes sombres, les coupables seraient démasqués et auraient peut-être le courage de demander pardon aux victimes. »

|| Un article publié dans la série {" Le passé non composé "} ||

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