Ce mardi 11 juin était prévue la 18ème commémoration du massacre d’étudiants au campus Mutanga, qui avait emporté plus d’une centaine de vies à l’Université du Burundi. Subitement, à quelques heures des cérémonies, le Recteur Gaston Hakiza reporte l’événement à une date ultérieure sans fournir de motif. Consternation des rescapés.
« C’est une déception parce que la mémoire est morale, individuelle. Elle est correspondante à la date même du crime. Pour nous, la date du 11juin est une date sinistre dans les annales de l’Université du Burundi », déclare Aloys Batungwanayo, porte-parole de l’Ampeci Gira Ubuntu, ajoutant « qu’aucune autre date ne peut pas remplacer le 11juin. »
Sur la lettre de report de cet événement, le Recteur de l’université a indiqué que c’est après un entretien avec quelques représentants des organisateurs que la journée a été reportée pour un mercredi ou un week-end après-midi sans préciser la date.
Pourtant, tout avait bien commencé : « Lorsque nous avons adressé la correspondance du 20 mai au Recteur, il a pris 14 jours pour nous répondre. Ce qui signifie qu’il a pris son temps pour peser les contours de cette commémoration », rappelle Aloys Batungwanayo. ‘Mais plus d’une semaine après, il nous empêche de tenir la rencontre à quelques heures des activités. C’est douloureux, car cette date est unique et significative pour nous. »
D’autant plus que des personnalités étaient venues participer dans une messe organisée en mémoire des disparus dans les enceintes du campus Mutanga, dont la ministre de l’Agriculture et de l’Élevage, des membres de l’association Amepci Gira Ubuntu et d’autres anciens étudiants de l’Université du Burundi.
Et, normalement, poursuit-il, « c’est le Recteur qui devrait prendre le devant dans l’organisation de cette journée, ne fut-ce que par empathie. Car, s’explique-t-il, étant donné que ces étudiants ont été massacrés dans les enceintes de cette institution, c’est lui-même qui a perdu ses enfants. »
Un comportement du Recteur de l’Université du Burundi qui n’est pas sans rappeller, selon M. Batungwanayo, 1972 et le silence imposé aux familles des disparus : « C’est déplorable de voir qu’au 21ème siècle, on ne respecte pas ce devoir de mémoire. »