La mesure est tombée comme un couperet. Dans un communiqué du 27 septembre, le secrétaire exécutif du Conseil national de la sécurité (CNS) annonce la suspension des ONG pour une période de trois mois, à compter du 1er octobre. Le général Silas Ntigurirwa motive la décision : « Conseil national de la sécurité a constaté que la plupart d’entre elles ne se conforment ni à la loi ni aux textes qui les régissent ».
Les réactions n’ont pas tardé. Ceux qui s’y opposent parlent de machinations sectaires et politiques derrière cette mesure. Pour eux, le gouvernement n’est préoccupé que par la gestion des devises et les quotas ethniques. Ils anticipent déjà les conséquences. Entre autres, la perte des milliards d’Impôt professionnel sur revenu (IPR) au trésor public, des devises à la Banque centrale qui domicilie leurs devises, l’installation d’un marasme social.
Les partisans de la mesure estiment plutôt que c’est une façon de les inciter à travailler dans la légalité et à respecter les engagements.
Ainsi, le porte-parole du président de la République n’a pas mâché les mots en dénonçant des abus qui seraient commis par certaines ONG. Elles sont accusées d’être « dans le trafic d’armes, dans la création des conflits et des guerres, de faire l’apologie de l’homosexualité. »
Les pouvoirs publics sont dans leur rôle de contrôler, recadrer, réguler les activités des ONG. Certes, celles-ci prennent de plus en plus part aux processus de développement économique et social. Mais certaines accusent des manquements dans l’accomplissement de leurs missions. Par ailleurs, la mission initiale d’assistance neutre des ONG peut être dévoyée par des actions marquées politiquement. Les actions de développement qu’elles coordonnent sont souvent marquées par les valeurs, la culture, les intérêts du pays donateur.
En se penchant sur le fonctionnement des ONG au Burundi, le Conseil national de la sécurité était donc dans ses droits. Toutefois, la mesure n’aurait pas créé une onde de choc dans les esprits si le Conseil avait traité la question cas par cas. Mieux, de par son rôle consultatif, une telle mesure devrait passer par les ministères de tutelle. Difficile de désavouer son chef. Le ministre de l’Intérieur l’a bien compris : « Le Conseil national de la sécurité est un organe suprême qui est au-dessus des ministères et dirigé par le chef de l’Etat.» En organisant la réunion ce 2 octobre dont l’objectif était de donner des précisions sur la mise en application de la mesure prise par le CNS, et de mettre un petit bémol. Ce qui a permis de détendre le climat quelque peu.
Il reste à espérer une meilleure collaboration entre le Burundi et les différentes ONG qui sont nécessaires pour le développement.