Plus de 5 mille couples ont régularisé leur mariage dans la commune Mutimbuzi, depuis l’appel lancé par le président Nkurunziza déclarant hors la loi l’union libre et le concubinage. Les femmes délaissées en payent le lourd tribut.
« J’ai été délaissée. Mon mari a préféré se marier légalement avec la première femme. Je m’occupe seule de mes quatre enfants. Il m’est difficile de nouer les deux bouts du mois », se lamente N.C., rencontrée tout près de la zone Rubirizi. La situation reste préoccupante pour ces femmes non choisies.
De son côté, Bernadette ne cache pas son angoisse : «Je ne sais à quel saint me vouer. J’ai été abandonnée. Je ne parviens pas à payer le loyer», raconte-t-elle en sanglots.
Les enfants ne sont pas épargnés des conséquences néfastes d’une telle situation. «Les enfants risquent d’être affectés par une séparation imposée par leurs parents. La vie partagée entre parents reste fondamentale pour l’épanouissement des enfants surtout sur le plan affectif», fait observer Jeannette Ndayikeza, leader communautaire.
Un autre leader communautaire dans la zone Gatumba estime qu’il faut une protection de ces femmes : « Ces femmes ont été mise dehors par leurs partenaires masculins, sans possibilité de réclamer ni dommages ni intérêts. Elles sont déstabilisées. Leurs droits ont été bafoués.» Il interpelle les autorités communales à prendre des mesures d’accompagnement pour venir en aide à ces femmes délaissées.
La loi doit être respectée
Joël Habiyambere, conseiller de l’administrateur chargé des questions administratives et sociales, fait savoir que la loi sur les VBG doit être respectée. Il estime qu’il y a respect des droits de la femme dans un couple légalement marié. Il met en avant les avantages que les couples tirent de la légalisation de leur mariage. Pour lui, c’est une obligation qui leur sera bénéfique car cela va leur éviter beaucoup de problèmes dans l’avenir. Il promet des sanctions à l’encontre des récalcitrants.
Par ailleurs, il estime que la légalisation a porté des fruits. Avant le mariage officiel des couples vivant en unions libres, fait–il remarquer, il y avait des abus envers les femmes dans les ménages. Elles étaient répudiées sans aucune autre forme de procès et leurs enfants en payaient le lourd tribut. Et de marteler : « Les ménages sont stables. Les enfants sont enregistrés à l’état-civil et bénéficient des extraits d’acte de naissance leur permettant la gratuité des soins et des études.»
A propos de la gestion des femmes délaissées, cet administratif indique qu’il y a eu un problème pour les hommes dans le choix de la femme à marier. Mais il se veut rassurant : « Avant de célébrer le mariage, le concerné devrait nous dire comment il va prendre en charge la femme non choisie et ses enfants.»
Pour rappel, le président Nkurunziza avait déclaré hors la loi l’union libre et le concubinage, dans un discours prononcé le 1er mai 2017. Les couples vivant en union libre devaient mettre fin à cette relation et se marier officiellement.