De petites mains profitent du trafic transfrontalier illégal pour gagner un peu d’argent, parfois au péril de leur vie. En cause, les produits interdits par l’East African Community. Des produits pour certains nécessaires.
<doc6953|left>C’est un trafic particulier qui s’est organisé le long de la rivière Ruhwa. A plus d’un kilomètre du poste-frontière de Ruhwa, ils sont là, assis, à attendre l’arrivée des candidats au passage illégal de la frontière. Ils, ce sont des enfants et des adolescents offrant leurs services en échange de quelques francs. Bagages, marchandises… ils prennent tout en charge et traversent la rivière. En attendant, ils s’amusent, prennent une douche, lavent leurs habits avec l’eau de la rivière.
« Les gens qui veulent vendre du manioc sec au Rwanda passent par ici, parce qu’à la douane on n’accepte pas l’exportation de ce produit. Idem pour la bière Primus», indique un des garçons rencontrés à la rivière. Les Rwandais qui viennent s’approvisionner en poules au Burundi, empruntent aussi cette voie, de peur de devoir payer beaucoup de taxes à la douane.
D’autres produits comme l’engrais chimique, la farine… franchissent également la rivière pour entrer au Burundi. « Au Rwanda, nous achetons de l’engrais à 1000Fbu le kg, alors qu’ici à Rugombo le même kg coûte 1500Fbu. C’est pourquoi les gens passent par la clandestinité pour aller s’approvisionner au Rwanda, malgré les risques d’être attrapés par la police», raconte J.B., un habitant de Cibitoke. Pour lui, l’administration devrait laisser Burundais et Rwandais commercer librement tous les produits. « C’est ce que laisse entendre la libre circulation des biens dans l’EAC, souvent chantée dans les radios.»
Avant l’East African Community, poursuit-il, les échanges commerciaux avec nos voisins du nord étaient faits paisiblement et nous y gagnions tous. « Mais maintenant que nous ne pouvons pas faire entrer de l’engrais chimique pour notre culture de maïs, à quoi sert cette intégration régionale ? » Notre production en maïs, déplore ainsi un agriculteur, en souffre actuellement. » Au-delà de la simple question douanière, passer par la rivière revient également à gagner du temps !
Un commerce parfois mortel
Toutefois, pour les jeunes passeurs, ce commerce transfrontalier informel ne se fait pas sans risques. Car pour ces quelques francs, c’est leur vie qu’ils mettent en jeu ! Pendant les périodes de fortes pluies, des personnes se sont noyées. Et des accidents surviennent parfois en pleine nuit. De plus, les sanctions s’avèrent sévères quand une personne est attrapée par la police. « On te prend tout ce que tu as comme marchandises et tu es directement emprisonné », indique J.B.
<doc6954|right>Liste des produits sensibles oblige !
A l’origine de ce trafic, une liste de produits sensibles établie par l’EAC. Dismas Baradandikanya, porte-parole du ministère du Commerce de l’Industrie et du Tourisme, explique que cette liste a été négociée suivant les besoins du marché de chaque pays. « Nous voulions protéger notre production locale. Sinon, si on laisse entrer librement le riz pakistanais, par exemple, le risque serait de voir notre production perdre de sa valeur.»
De son côté, Joas Katanga, directeur des ports et frontières à l’Office Burundais des Recettes (OBR), précise que son office tente de renforcer le civisme fiscal à travers la sensibilisation. Tout en regrettant que l’OBR ne soit pas en mesure de ceinturer tout le pays, M. Katanga affirme que ce commerce est sans grande signification: « Si du moins on compare les coûts que le pays pourrait engager pour un contrôle national et ce que l’on peut faire rentrer comme recettes. Ces personnes échangent des marchandises en petites quantités. »