Par Antoine Kaburahe
Le Burundi fait face à un afflux massif de réfugiés en provenance de l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Fuyant les violences qui opposent les Forces armées de la RDC (FARDC) aux rebelles du M23, des milliers de déplacés traversent la frontière burundaise en quête de sécurité. Plus de 40.000 personnes aujourd’hui. Mais au-delà du drame humanitaire, cette arrivée massive pose un défi sécuritaire de taille. Parmi ces réfugiés figurent non seulement des civils, mais aussi d’anciens combattants, des soldats en déroute et des policiers, une présence qui pourrait fragiliser davantage un pays déjà en équilibre précaire.
L’histoire des Grands Lacs rappelle que les flux massifs de réfugiés ne sont jamais anodins. Ils s’accompagnent souvent de circulations d’armes, de rancœurs politiques et de tentatives de reconstitution de factions armées. Parmi les nouveaux arrivants, certains sont issus de milices congolaises défaites après les combats avec le M23.
Or, l’expérience montre que des hommes aguerris ne restent jamais inactifs. Certains pourraient être tentés de se regrouper, de s’impliquer dans des trafics. Le risque d’une montée de la criminalité est bien réel : un ancien milicien muni d’une kalachnikov peut rapidement basculer dans le banditisme.
Une pression supplémentaire sur un pays en crise
Sur le plan économique, le Burundi traverse déjà une période difficile. La crise du carburant paralyse l’économie et alourdit le fardeau d’une population confrontée à une inflation galopante. L’arrivée de milliers de réfugiés ne fait qu’aggraver la situation.
Les ressources sont limitées, et l’intégration de cette population supplémentaire risque de provoquer des tensions avec les Burundais, eux-mêmes en lutte pour leur survie quotidienne. Le gouvernement burundais pourra-t-il assurer leur prise en charge sans exacerber les frustrations sociales ?
Cette crise dépasse les frontières du Burundi et s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. L’arrivée de combattants congolais sur le sol burundais pourrait être exploitée par différents acteurs régionaux, ravivant les tensions entre Kinshasa et Kigali.
Un haut gradé de l’armée burundaise confie son inquiétude : « Ces Congolais se sentent accueillis par un allié, mais nous devons éviter que notre territoire ne devienne une base arrière pour des factions armées en errance. » Une mise en garde qui fait écho aux risques de voir des groupes armés congolais se restructurer à partir du Burundi.
Face à cette situation explosive, le Burundi doit agir avec vigilance. L’accueil des réfugiés est une obligation humanitaire, mais il doit s’accompagner de mesures strictes : désarmement systématique aux points d’entrée, enregistrement rigoureux des réfugiés et coopération accrue avec les agences internationales.
Si des groupes armés congolais venaient à se reconstituer au Burundi, cela pourrait donner au M23 un prétexte, “un droit de poursuite”.
Pour rappel, en 1994, le Zaïre de Mobutu avait accueilli sur son territoire un flot hétéroclite de réfugiés rwandais, parmi lesquels les forces armées défaites par le FPR, des policiers et des miliciens . La suite est connue : l’embrasement de la région et le déclenchement des guerres du Congo.
Aujourd’hui, bien que le contexte soit différent, certaines dynamiques rappellent des épisodes passés. L’histoire est-elle en train de se répéter ?
Les prochaines semaines seront déterminantes. Une gestion défaillante de cette crise pourrait plonger le pays dans une instabilité dont il serait difficile de se relever.
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