IWACU - Les voix du Burundi

Edition spéciale

Le pays a perdu ses observateurs critiques

Arnaud Zacharie / Bogdan Vanden Berghe

Face à la crise qui frappe les médias burundais, les organisations non-gouvernementales belges, membres de 11.11.11 et du CNCD-11.11.11, ne peuvent pas rester les bras croisés. Les ONG belges ont un long passé de coopération avec des ONG burundaises, des acteurs des médias, des mouvements paysans ou des acteurs de la santé.

Nous ne pouvons donc que déplorer la situation dans laquelle se trouve ce pays et ses forces vives. Depuis l’annonce de la troisième candidature de président Nkurunziza, des manifestations ont éclaté. Des milliers de personnes ont fait ce que beaucoup d’observateurs croyaient impossible : créer un mouvement de protestation, largement pacifique mais résolu dans son opposition au troisième mandat. Le mouvement a montré une immense détermination en continuant à mobiliser dans les rues de Bujumbura et ailleurs dans le pays.

Ils sont restés debout, malgré tout. La répression était violente. Depuis le premier jour, la police et d’autres acteurs du système de sécurité n’ont guère montré de retenue dans l’utilisation de la violence et d’autres moyens de répressions. Le bilan : des dizaines de morts, des centaines de blessés et un grand nombre d’arrestations, bien qu’on n’ait vu que le sommet de l’iceberg. Les leaders de ce mouvement citoyen ont été directement ciblés : via des mandats d’arrêts et des incarcérations, tout a été fait pour museler ce mouvement. Les radios, incontournables pour savoir ce qui se passe sur le terrain, en ont aussi subi les conséquences : depuis le début de la crise, leur marge de manœuvre était presque réduite à zéro.

Quand le 13 mai, un coup d’état condamnable a échoué, le lendemain la répression contre les médias s’est accrue. Les radios privées, depuis longtemps bête noire du régime en place, ont été sauvagement détruites. Un grand nombre de journalistes a dû fuir le pays. Les activistes de la société civile ont subi le même sort : vivant cachés ou à l’étranger, certains sous mandats d’arrêts. Le pays a perdu ses observateurs critiques et ses sources d’information.

Comme observateurs impliqués dans des partenariats avec la société civile burundaise, nous avons vu évoluer la situation. Le Burundi a longtemps été vu comme un modèle pour résoudre des conflits du passé. L’accord d’Arusha, qui émane de la volonté des acteurs burundais avec le soutien de la communauté internationale, a graduellement mis fin à une guerre civile dévastatrice. Basé sur un consensus, les mandataires élus en 2005 et 2010 ont pu se focaliser sur le développement du pays : pour réformer sa politique agricole, mettre en place un système de santé et pour éduquer les jeunes burundais. Et ils ont créé un espace de liberté et de tolérance, envié par beaucoup des activistes et journalistes dans d’autres pays de la région.

Ce consensus semble néanmoins rompu. L’esprit d’Arusha a été remplacé par une politique de confrontation.

Avec l’absence d’une vraie opposition parlementaire ou de débats politiques, la société civile et les médias jouent un rôle crucial au Burundi. La presse pour informer sur le développement du pays, la société civile pour contribuer au débat constructif sur les défis du pays. Bien que pluraliste et non partisane, cette société civile a souvent été mise dans le camp de l’opposition et en a subi les coups. Rappelons l’assassinat lâche de l’activiste anti-corruption Ernest Manirumva ou l’incarcération inacceptable de Pierre Claver Mbonimpa, défenseur des droits de l’homme respecté par tout le monde.

La démocratie était tant attendue au Burundi après des décennies de dictature et de conflits armés. Une démocratie, c’est un système ou la population élit, contrôle et sanctionne ces leaders. Un système en évolution constante, qui dépasse largement le jour du scrutin. Avec des politiques de développement en faveur et avec la participation des citoyens, informés et formés par des médias et ONG’s indépendants.

C’est pour cela que 11.11.11, le CNCD-11.11.11 et leurs membres investissent dans le renforcement de la société civile burundaise. Bien que des défis restent à l’agenda, cette société civile a jusqu’à maintenant montré un dynamisme énorme. En plus, nous avons toujours œuvré depuis la Belgique pour un espace international plus favorable à la consolidation de la démocratie, la paix et la stabilité au Burundi.

Le Burundi traverse une crise, on ne peut pas le nier. Sa voie de sortie n’est pas facile, mais la voie est unique : le respect des institutions et des droits de chacun. La seule option, c’est des institutions démocratiquement élues via des élections transparentes, apaiseés et libres. Pas un cycle électoral précipité et marqué d’irrégularités depuis le début ou une prise de pouvoir anticonstitutionnelle, mais un consensus électoral et un vrai débat politique.

Cela demande aussi le respect des droits. Le droit de s’exprimer librement, chez soi, sur une radio ou dans les rues. Le droit de vivre en sécurité, sans violence policière ou intimidation dans son quartier. Le droit à la justice, quand un crime est commis, quel que soit le grade du présumé. Le droit de manifester et d’exiger le respect de la constitution et l’accord d’Arusha. Le droit de s’engager, d’écrire, de créer, de parler sans qu’un gouvernement s’en mêle.

Nous espérons alors que les dirigeants du Burundi choisiront la voie du respect des institutions et des libertés, avec l’aide de la communauté internationale. Seule cette option a un avenir, seule cette option garantie que tout le monde a un avenir prospère et libre au Burundi.

Arnaud Zacharie / Bogdan Vanden Berghe

Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie (photo de gauche) est le Secrétaire général du CNCD-11.11.11 ; Bogdan Vanden Berghe (photo de droite) est le Secrétaire général de 11.11.11.
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