IWACU - Les voix du Burundi

Edition spéciale

En période de crise, différentes voix doivent continuer à se faire entendre…

Guy Berger

L’Unesco a été créée il y a 70 ans, après la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, 195 Etats sont membres de l’Organisation et ont adhéré à sa Constitution.

Un élément clé de cette Constitution consiste à affirmer que les Etats membres doivent promouvoir la libre circulation de l’information.

Parce que la circulation libre de l’information aide les peuples à développer plus de compréhension mutuelle. Pour l’Unesco, c’est fondamental pour la paix.

S’il n’y a pas de libre circulation de l’information, il y a un risque que des médias contrôlés par le gouvernement exercent un monopole et soient utilisés pour endoctriner la population en faveur d’une politique d’agression – c’est exactement ce qui s’est passé dans l’Allemagne nazie.

Mais cela peut conduire aussi au résultat inverse, dans certains cas où la libre circulation de l’information est bloquée. Les médias qui restent perdent leur crédibilité. Plus personne ne les croit.

Le fait est que quand le public n’a pas la possibilité de comparer les messages provenant du gouvernement avec d’autres messages, il peut en arriver à se méfier des médias gouvernementaux. Donc, le gouvernement ne profite pas forcément de cette situation.

En outre, ce qui est clair, c’est que quand il n’y a pas de libre circulation de l’information, les rumeurs se déchaînent. Cela peut conduire au chaos et ce n’est profitable à personne.

A l’inverse, la libre circulation de l’information est dans l’intérêt de tous. Toutes les parties prenantes à un conflit ont besoin d’agir sur la base d’une information vraie.

C’est une illusion de croire qu’on peut agir en ne tenant compte que de sa propre perspective sur le monde.

Au contraire, un flux libre d’information permet à chaque personne de comprendre de façon plus objective ce qui se passe réellement. C’est ce qui donne la possibilité à chacun de prendre des décisions appropriées et pertinentes.

Au milieu de nombreuses voix, l’idéal est aussi de disposer d’une information crédible et professionnelle – en d’autres termes, du bon journalisme.

Et c’est pour cela que la sécurité des journalistes est un enjeu central – les journalistes ont besoin d’être protégés afin de pouvoir faire leur travail.

Pour toutes ces raisons, la liberté d’expression est reconnue comme un droit de l’homme, même en situation de conflit.

La liberté d’expression signifie que, même si on n’aime pas le point de vue relayé par certains médias, la tolérance est nécessaire. C’est la société dans son ensemble qui y gagne, s’il y a une pluralité de nouvelles et de points de vue, et si les individus peuvent choisir entre plusieurs médias.

En fait, cette vérité a été récemment reconnue et intégrée dans les nouveaux « Objectifs de Développement Durables », qui, en septembre 2015, vont remplacer les Objectifs de Développement du Millénaire (ODM). Dans ces nouveaux objectifs, il est clairement stipulé que l’accès du public à l’information et les libertés fondamentales sont vitales pour le développement de la société.

La clé pour obtenir un accès à l’aide internationale au développement est, pour un pays, de montrer clairement qu’il soutient la libre circulation de l’information et garantit la sécurité des journalistes.

C’est pour cela que l’Unesco a, ces dernières années, appuyé les avancées du Burundi dans le domaine de la libre circulation de l’information.

Dès 1997, l’Unesco a aidé à la mise en place de la Maison de la Presse du Burundi, dans le but de contribuer à la construction de la paix et de la démocratie.

Avec l’Association Burundaise des Journalistes, l’Unesco a également soutenu la formation des journalistes en matière de sécurité.

En 1999, l’Université du Burundi a obtenu une Chaire Unesco en Education à la Paix et Résolution pacifique des Conflits. C’est cette Chaire qui a accueilli ensuite, en 2008, la création du Master spécialisé un journalisme, qui a contribué à doter le pays de journalistes qualifiés – une ressource fondamentale dans le monde moderne de la Société de l’Information.

Aujourd’hui, le Burundi souffre d’une situation dramatique, avec des radios détruites et des journalistes en exil. Tout cela est bien loin des principes de la libre circulation de l’information. Le pays a besoin de toutes ces voix, car le public doit pouvoir comprendre la valeur du choix de la paix.

Il est essentiel que la situation des médias burundais revienne à la normale aussitôt que possible, et que des médias libres, pluralistes et indépendants puissent apporter à nouveau leur contribution à la construction d’un avenir commun et pacifié pour la population du Burundi.

Guy Berger

Guy Berger est directeur de la Division de la Liberté d'Expression et du Développement des Médias à l'Unesco. Il a précédemment travaillé comme journaliste et comme professeur de journalisme. Il a dirigé l'Ecole de Journalisme et d'Etude des Médias (School of Journalism and Media Studies) de l'Université Rhodes à Grahamstown en Afrique du Sud, où il a été le co-fondateur de "Highway Africa", une conférence annuelle sur le journalisme en Afrique.
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